Texte

Le balancement critique

Sabine Jeanson · Genève, 22 juillet 2003

Prendre l’écrit en pleine figure et pouvoir le voir en peinture !?!

Quand Strindberg, le dramaturge, s’est mis à peindre deux années durant, il ne se consacre pas à la peinture comme passe-temps. Il ne conjugue pas des hobbies : il décide d’arrêter de peindre tout comme il décide de ne pas écrire. Alternativement, ses forces vitales, contrariées et altérées, sont aussi la substance de sa créativité.

C’est un brouillard qui noircit le tableau.

Le tableau est en correspondance avec l’écriture. Dans un chaos organique de roches sédimentaires, du noir surgit une balise blanche, une seule figure debout, qui peut demeurer dérisoire dans les éléments déchaînés. L’inquiétude de l’homme, peut-être. Il s’agit d’une violence de la nature sauvage… et l’homme s’y connaît en remous.

Savoir que la toile du peintre est toujours en exil, en silence. Il le fait exprès. Les bassines usuelles rendent de menus services dans le ménage, mais à quoi peut bien servir un tel objet dans un contexte aussi flatteur qu’indéfini ? Installé dans une galerie ou dans un local où s’entassent des châssis poussiéreux.

Les réminiscences de la chambre rouge

À Stockholm, près de l’hôtel Örnsköld, il y a un passage qui donne accès au Théâtre Drama…, ou alors il s’agit du Södra Theatern.

Sur la place, un château d’eau de couleur rouge… Est-ce l’ocre rouge qui domine, la limaille des minéraux, les scories du cuivre que l’on travaillait dans les fonderies dans les mines de Falun ? Là-bas, le passé n’est qu’une poussière qu’on jette et qu’on oublie. Le ressassement du temps vous le ramène morcelé.

L’image de l’objet sur la toile est bitumée par les ajouts de peinture et les tons sourds que le travail du temps accommode d’une matière noircie. Les traces de la peinture semblent brûlées au fur et à mesure que l’ensemble a séché.

Une bassine, une casserole, un ovni surgit sur la toile, accrochée au mur. C’est le mouvement qui m’intéresse. Le chiffon à peindre, les matières vivantes des tissus et les ratures tachetées de couleur… Jusqu’à ce que je jette en l’air mes chiffons, le pinceau et le reste. Je vois la représentation d’une scène drôle et tragique.

« C’est comme vous voulez ! »