Il faudrait faire une narration.
Vous me demandez que je vous écrive comment ce que j’ai vu?
Cependant la forêt, les haies, l’invisible et le mouvement de ce qui semble venir reste obscur, qui est-ce?
Ici, les bruits sourds, les silhouettes et même pas des silhouettes… les bruits trop éloignés
Vous me demandez de vous écrire comment j’ai vécu?
Mais peut-être est-ce un vécu qui ne nous dit plus rien.
Récit
Ici, je me repose
On m’a laissé ici
Mes paupières ont chassé la fatigue
Ma tête n’a plus d’apparence visible
“De mes membres malades accrocherai-je sous ton visage”
L'enveloppe est provisoire
Des membres effacés
Ce corps-là n’a pas de perspective
Le masque repose sur la cuirasse
On m’a laissé ici
Un son aigu de métal arrive
Je suis vivant ou mort
Éveillé ou endormi
Je me repose
Frottement d’aile ou croassement
D’autres figures. Les aigles ont des ailes noires, l’or et des pierres mais c’est loin.
Les bois sont dépeints comme des anges occidentaux, avec leurs ailes d’oiseaux fixées sur leur dos.
Stellaire éclatée sans figure étalée, monde étrange lui dit sa faim façon modern-spoil.
“Nos bouches sont muettes. Ce que nous ne disons pas, c’est le sourd qui écrit sur la surdité et dans un monde tissant des matières étranges.
Nos ailes sont brisées.
Pour s’immiscer à l’enveloppe d’un homme dévorant un autre homme.”
Qu’est-ce que vous m’offrez? Qu’est-ce que vous me donnez, à moi? Qui me paiera du froid de l’existence?
Henri Michaud
Plutôt un ciel sans dieux que sans nuages!
Arno Schmidt
Maudites, soit la guerre et ses auteurs
Ici, les ailes dépliées
Ici ta tête blessée
Manque les ombres
Et le soleil qui les écrase
Pierres qui tombent
L’enveloppe est provisoire
Des membres effacés
Ce corps-là n’a pas de perspective
Le masque ou le vide repose sur la cuirasse
On m’a laissé ici
Un son aigu de métal est arrivé
Je suis vivant ou mort
Éveillé ou endormi
Sont venus les bruits ambitieux
Les malheurs conjurés
Qui ont pris la place
Je suis né d’une carapace
Du mouvement des vagues
D’un filament changeant
Une île proche et accueillante
Je me suis construit ici
Les rivages sont des lieux inconnus
Lumières et ombres
Passages turbulents et apaisants
C’est du ciel que je vois
Ancêtres et amitiés oubliés
Déjà démembrés, puis rassemblés
C’est ici que je me repose
Je vois, c’est l’intérieur de mes pensées
Voir, le plus loin que l’on peut voir
Ce que je vois de ce monde perçu,
L’ensemble des chemins de mon corps
Ils ne sont pas multitude d’individus
Je rêve
Les grandes idées naissent sans bruit*
Mais les idées sont des flèches, poignards et rapides d’un accès toujours tumultueux
Je vois les plaines et collines
Herbes sèches, étangs gelés
Je me repose
Femme sous la voute du destin
Enfant à la chevelure d’or
Quelle promesse sera dite
Alliance père et mère accomplie
Enfant à la mèche noire cherchant
Les parents venus en nombre
Pour les accueillir
On m’a laissé ici
Le Miroir du ciel
Est peuplé de combats fratricides
Du ciel, de ce que j'ai appris
La manière des enfants de jouer
Avant de se battre
Leurs parents sont leurs dieux sur la planète
Enervés, ombrageux, vengeance des dieux
Chant de colère
Âmes fortes des héros
Les corps deviennent la proie des chiens et des oiseaux innombrables
J’ai vu des hommes mourir
Ces morts qui tombent
La tête écorchée, graisseuse et jetée, brûlées
Âme forte des héros
Les cuisses de leurs victimes sont rôties par un vieillard
De jeunes hommes font le banquet des entrailles
À leur tour
Apaisant quelques dieux en colère
La faim et la soif s'évanouissent
D’autres viennent cachés, l’ombre d’un vaisseau
Fendent l’eau, renouent
Des hommes s’agitent
Ont meurtri la cheville d’un frère
Que l’on ne reconnaît pas
L’adversaire que l’on ne connaît pas
Suis-je la figure de proue?
On m’a laissé ici
J’attends que les murs craquent
Les clameurs, comme l’avance des guerriers
Font de leur tapage, une terre nourrie
Si bien qu’elle engloutit tout
Pluie battante de la glaise
J'attends
Décennie des roches déployées, la main ne saisit pas les pluies diluviennes, elles attendent un coup de poker, c’est la vie.
Over time a taped cupboard, no longer knowing them, tearing time from history, over time
“Seuls les vivants créent le monde.”
Stefan Zweig
Pline l'ancien… que dire, en imaginant un récit incroyable
Repère, Lors de l’éruption du Vésuve.L’ancien et le moderne
Une cuirasse ciselée du XVIII eme, jetée sur terre
Un Voltaire qui écrit, pensées du monde Le culte est l’affaire de tous
La religion n’y est pas discernable, au commencement…